Feu d’artifice au Grand Étang : la réponse du DNF nous laisse perplexes

Dernière mise à jour : il y a 6 jours
La commune de La Hulpe a interrogé le Département de la Nature et des Forêts (DNF) afin de savoir si une évaluation appropriée des incidences sur le site Natura 2000 était nécessaire pour le feu d’artifice prévu au Grand Étang.
La réponse reçue nous interpelle fortement :
« Pas besoin d’une EAI, ni de dérogation espèces. À priori un feu d'artifice en septembre, ne perturbe pas les oiseaux pendant la période de reproduction et de dépendances des jeunes, ne réveille pas les chauves-souris qui hibernent. D’autant plus qu’il s’agit d’un feu à bruit contenu. »
La législation ne limite pourtant pas la protection des oiseaux à la période de reproduction.
L’article 2, §2, de la loi du 12 juillet 1973 sur la conservation de la nature interdit notamment : « de perturber intentionnellement les oiseaux, notamment durant la période de reproduction et de dépendance, pour autant que la perturbation ait un effet significatif [...] ».
Le mot « notamment » a toute son importance.
En septembre, plusieurs espèces d’oiseaux sont en période de migration. Le Grand Étang est par ailleurs connu comme un axe important de migration de l’avifaune, pour lequel la quiétude est nécessaire.
Comment est-il possible de s’assurer que des espèces protégées ne seront pas perturbées par un feu d’artifice si aucun recensement, aucune observation des espèces présentes et aucune analyse naturaliste n’ont été pris en compte ou effectués ?
Concernant les chauves-souris, la question ne peut pas non plus se limiter à l’hibernation.
Le fait qu’elles ne soient pas en hibernation ne permet justement pas d’écarter le risque de perturbation. Elles sont encore actives à cette période et peuvent notamment être affectées par le bruit et les effets lumineux d’un feu d’artifice.
La question ne devrait donc pas se limiter au risque de réveiller des chauves-souris en hibernation, mais porter sur les perturbations potentielles des espèces présentes et actives sur le site au moment du feu.
Mais ce qui nous étonne surtout, c’est que le DNF a rendu cet avis sans disposer, à notre connaissance, d’un dossier technique complet sur le feu prévu.
Aucun des éléments techniques suivants ne semble avoir été soumis au DNF avant sa réponse :
• niveau sonore maximal en dB et distance de mesure ;
• nombre de tirs ;
• durée totale ;
• calibres ;
• hauteur des explosions ;
• heure du spectacle ;
• distance des zones de repos des oiseaux ;
• effets lumineux ;
• zone de retombée ;
• présence ou absence de pièces détonantes.
Rappelons que le feu sera tiré depuis les abords du Grand Étang, à l’intérieur du site Natura 2000, et que les effets pyrotechniques exploseront au-dessus de ce même site Natura 2000.
Dès lors, une question très simple se pose :
Sur quels éléments objectifs peut-on conclure qu’aucune évaluation appropriée des incidences Natura 2000 n’est nécessaire si les caractéristiques précises du feu et les espèces présentes sur le site n’ont pas été examinées ?
Nous ne prétendons pas déterminer à la place de l’administration quelle doit être la conclusion. Nous demandons que les impacts potentiels soient examinés sur la base des caractéristiques réelles du projet et de la réalité biologique du Grand Étang.
Il faut aussi rappeler que sur base du principe de précaution, il est possible pour le bourgmestre de demander des mesures de protection supplémentaires en terme de protection de l'environnement. Mais il est vrai que dans ce dossier la commune est partie prenante.
Des alternatives existent.
Des spectacles lumineux au sol, conçus pour limiter le bruit ainsi que les émissions lumineuses vers le ciel et les habitats naturels, peuvent offrir une alternative festive réduisant les risques de dérangement pour la faune, parfois pour des budgets comparables à ceux d’un feu d’artifice professionnel.
Le Grand Étang est un site Natura 2000 remarquable et un lieu important pour la biodiversité.
Faire la fête, oui. Mais dans un site Natura 2000, il nous semble indispensable de s’assurer sérieusement, avant l’événement, que la fête ne se fasse pas au détriment des espèces que ce statut a précisément pour objectif de protéger.

©ÉdA




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